ACTUALITÉS

La lumière et la magie des effets photochimiques : entretien avec Richard Edlund, superviseur des effets de la première trilogie Star Wars – Partie 1

Juil 30, 2026

©Owen Roizman, ASC

En cinquante ans de carrière, Richard Edlund aura été chef opérateur, superviseur des effets visuels, inventeur et fabricant de dizaines de machines, caméras, tireuses optiques, et même, pour l’industrie musicale, le célèbre ampli Pignose, ou encore chef d’entreprise. Présent à Industrial Light and Magic dès sa fondation, accompagnant son essor sur la trilogie Star Wars mais aussi les films de Steven Spielberg du début des années 1980, Richard Edlund sera l’un des premiers à concurrencer la société de George Lucas en créant Boss Film Corporation, pionnier dans les effets visuels numériques. Récipiendaire d’un Génie d’honneur pour son impressionnante carrière au dernier PIDS d’Enghien-les-Bains de janvier 2026, Richard Edlund revient ici, dans une master class mémorable, sur son parcours et dont nous vous proposons la première partie.

Quand vous aviez treize ans, vous aviez déjà eu un premier contact avec les effets spéciaux en regardant un film qui avait quelque chose de bizarre dans le plan…

Richard Edlund : Oui, c’était le film La Tunique (Henry Koster, 1953) ! J’habitais en dehors de Minneapolis, j’ai pris le bus pour aller en ville et je suis allé au cinéma le plus chic de la ville. Et là, j’ai été fasciné par le grand écran, la composition des plans. Mais tout à coup, je crois que c’était l’acteur Victor Mature, il était au sommet de la montagne et il avait cette drôle d’auréole vibrante autour de lui. Je n’ai réalisé que bien plus tard que c’était un cache, un mauvais compositing. Je ne savais pas encore qu’une large part de ma carrière allait être liée à cette difficulté, à la complexité de réaliser un bon cache, à l’époque photochimique, au moment où tout devait être fait sur pellicule ! Je m’en suis souvenu quand je suis arrivé sur Star Wars de George Lucas.

La tunique (Henry Koster, 1953) ©20th Century fox

Je savais que notre critique le plus sévère était l’enfant moyen de dix ans qui a vu de nombreux films à la télévision et au cinéma. S’il voit une ligne de cache, il se dira simplement que ça a l’air bizarre et il perdra tout intérêt pour le film. Donc, dans Star Wars, il ne pouvait y avoir aucune ligne de cache, alors qu’on avait toutes ces navettes spatiales qui volent partout… C’était un véritable travail de titan pour maîtriser le processus photographique afin d’obtenir un compositing parfait.

Au lycée, vous avez rencontré un professeur génial qui vous a parlé de photographie, de chimie, et vous avez suivi des cours pratiques : votre formation, très tôt, vous apporte des connaissances dans des secteurs très variés, mais qui vous aideront tous dans votre futur métier…

R. E. : Dans ma carrière, j’ai eu besoin d’inventer des choses pour me sortir de problèmes, alors que je n’ai pas vraiment suivi de formation officielle en ingénierie. Mais quand j’étais au lycée, j’ai suivi un cours de photographie avec un professeur « super nerd » qui a été l’un de mes mentors les plus importants. Il enseignait les sciences physiques ainsi que la photographie, donc je connaissais grâce à lui les bases de la conception optique, comment mélanger les produits chimiques, comment fonctionnent les révélateurs, et tout cela était en noir et blanc. Je ne me suis intéressé à la couleur que plus tard. Quand je me suis lancé dans le domaine des effets visuels, j’avais une très bonne formation en photographie et je savais faire beaucoup de choses. J’avais aménagé deux ou trois chambres noires chez moi pendant que j’étais au lycée, mais ce qui m’a vraiment lancé, c’est un de mes amis qui avait une petite caméra espion Minox, dont le père était le représentant américain. Il m’a prêté cet appareil photo et un petit livre d’instructions. J’ai tout lu pour savoir comment m’en servir, j’ai pris l’appareil photo et j’ai pris des photos en cachette à l’école. Je lui ai donné la pellicule, parce qu’on pouvait prendre 50 photos avec ce petit boîtier et il l’a envoyé à son père. Une semaine ou deux plus tard, un tas de tirages 5 x 7 sont revenus et un bon nombre d’entre eux étaient réussis. Ça m’a vraiment accroché, j’ai trouvé que la photographie était vraiment géniale. Et puis on a déménagé à Minneapolis ; le système éducatif là-bas était fantastique, j’ai suivi toutes sortes de cours, notamment un cours où on imprimait des choses à partir d’une presse à imprimer. J’avais un atelier d’électricité, j’ai appris à fabriquer un petit moteur… L’un des cours les plus importants était celui de dessin mécanique : j’y ai appris à faire des plans, des vues du dessus… Ces cours et cette éducation m’ont marqué pour toujours, tout comme les conseils de l’un de mes oncles qui était architecte, avec lequel je parlais beaucoup et que je voyais travailler et dessiner.

Après le lycée, vous êtes donc entré dans l’armée comme photographe…

R. E. : Mon entrée chez les Marines, c’est un cas où l’adversité se transforme en cadeau du ciel… Car comme j’étais déjà un photographe assez accompli, c’était très facile pour moi de faire tout ce qu’il fallait pendant mon apprentissage et un dimanche, je suis allé à la piscine, je me suis endormi au soleil et je me suis réveillé quelques heures plus tard avec un terrible coup de soleil… Or chez les Marines, on ne peut pas avoir de coup de soleil, c’est illégal, c’est une infraction parce que, en quelque sorte, vous êtes la propriété des Marines. Mais le responsable de la formation a eu pitié de moi et m’a laissé m’asseoir dans son bureau pendant environ une semaine, le temps que je guérisse. Il avait beaucoup de livres de photographie et je les lisais pendant ce temps-là. Nous sommes devenus amis et plus tard, quand j’ai terminé le parcours et qu’on nous a donné nos ordres pour savoir où on allait être envoyés, comme je voulais voir le monde autant que possible, j’ai demandé à être affecté à un porte-avions et ils ont tous pensé que j’étais fou de faire ça… Au final j’ai été affecté pour deux ans au laboratoire photo de la flotte au Japon, ce qui était plus ou moins le paradis à l’époque. J’étais fasciné par la culture japonaise, la calligraphie, l’esthétique du pays qui m’a beaucoup impressionné et j’ai commencé à étudier la langue.

Richard Edlund… derrière la caméra !

Pourquoi être passé de la photographie au cinéma ?

R. E. : Au laboratoire, nous étions environ 50, et il y avait quatre sections différentes. L’un des chefs de section m’a dit : « Richard, tu devrais aller à l’USC, parce que c’est la meilleure école de cinéma. » J’étais passionné par les bons films, et je filmais déjà là-bas des avions, les pistes… Un jour, je suis allé dans la réserve et j’ai vu une pile de caisses qui n’avaient pas été ouvertes : c’était un système complet de caméras Mitchell que quelqu’un avait commandé. Je l’ai donc assemblé, moi qui m’intéressais au cinéma, et je suis allé à la bibliothèque de la base. Il n’y avait que deux livres sur le cinéma, l’un qui expliquait comment filmer des titres pour un film en Super 8, mais l’autre était une bible fantastique intitulée La grammaire du film, écrite par Raymond Spottiswood en 1928. C’était une étude sur la façon dont Eisenstein réalisait ses films et comment les Russes réalisaient des films de propagande en utilisant des images d’archives qu’ils trouvaient dans divers films, qu’ils découpaient pour les intégrer dans leurs films. C’était très intéressant à lire. L’autre aspect génial de ce livre, c’est qu’il expliquait comment réaliser des films muets, car nous n’avions pas de son…

Contenu réservé aux membres de la CST

Vous devez disposer d’une adhésion à jour pour accéder à ce contenu.

Devenir membre

Déjà membre ? Connectez-vous ici

L’intégralité de l’entretien avec Richard Edlund recueilli par Réjane Hamus-Vallée dans La Lettre n°193 est accessible aux membres de la CST.

Articles récents