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L’IPMX – Le 2110 rendu facile ?

Août 25, 2026

Ce document a été édité par la CST courant 2025 pour partager la connaissance d’un format IP émergeant : l’IPMX.

Il a servi de base à la conférence donnée durant le Satis 2025 par Christophe Almeras (Panasonic), Jean-Paul Grall (iifa) et Cyril Mazouer (BoB). Alexandre Bouton (Aski-Da) a également travaillé à la préparation de ce document.

Introduction

L’adoption de l’IP dans l’AV pro et le Broadcast, et du 2110 en particulier suit la courbe classique des nouveautés technologiques :

  • Résistance au départ avec quelques « early adopters » qui défrichent et sont confrontés à de nouveaux problèmes.
  • Adoption de plus en plus large.
  • La nouvelle technologie devient alors la norme.
  • L’ancienne technologie est alors remplacée et tend à disparaitre.

C’est ce qui se passe pour d’adoption du 2110 dans l’audiovisuel en général, avec un format qui est maintenant accepté, mais qui n’est pas encore tout à fait la norme.

La situation est toutefois différente en fonction des différents marchés du grand ensemble AV.

On divise souvent l’audiovisuel en 3 grands « sous-groupes » :

  • Le Broadcast, dans lequel le 2110 est devenu la norme.

Il n’y a pas eu de gros projet dans les chaines de TV européennes en SDI sur les derniers 18 à 24 mois.

Le 2110 a au minimum une position centrale, jusqu’à être le seul format utilisé.

  • Le Corporate (utilisation de l’AV professionnel à l’intérieur de marchés où il n’est pas au coeur de l’activité).

L’IP est devenu très présent, mais souvent dans d’autres formats que le 2110. Dans certains cas le HDMI et le SDI restent au coeur des projets AV.

  • L’Evenementiel (utilisation d’AV dans le cadre d’évènements type concerts, théâtre, conventions…) est le plus en retard dans l’adoption du transport de video sur IP, alors qu’en audio et lumière l’utilisation de réseaux IP est devenu la norme.

Ces décalages dans l’adoption de l’IP ne sont pas dûes à un manque d’intérêt ou à une « sous-competence » des acteurs de ces marchés. Il viennent de freins bien précis.

  • Broadcast : pas de vrais freins chez les grands Broadcasters qui ont commencé la transition il a y près de 10 ans (avec le 2022-6).

Toutefois chez les acteurs plus petits et les prestataires de service en extérieur, la complexité de mise en place et surtout de maintenance des réseaux poussent encore certains à rester prudemment en SDI.

  • Corporate : tous les acteurs sont extrêmement intéressés et volontaires pour un passage à l’IP.

Mais le besoin de bande passante pose problème. Les réseaux existants dans les bâtiments sont principalement en cat5, cat6, cat7, ce qui limite les bandes passantes à maximum 10Gbps alors que le transport d’une seule video UHD (4K) en nécessite environ 11.

La vidéo en 2110 peut en théorie être compressé (2110-22), mais les équipements aujourd’hui disponibles ont surtout été conçus par les fabricants pour le marché Broadcast, où la compression n’est pas une priorité (latence, surcout, pas de gros problème de réseaux car ils sont récents et les distances sont courtes).

Il manque donc un format IP, ouvert, fiable et largement adopté dans les matériels.

  • Event : la complexité de la mise en oeuvre sur des installations IP à courte durée de vie est aujourd’hui trop grande.

De plus le 2110 tel qu’implémenté est trop monolithique et répond essentiellement aux besoins des broadcasters seuls : 422-bits en 16:9 / synchronisation obligatoire / contrôle Nmos pas encore généralisé…

La formation des équipes à la configuration des installation réseau reste complexe et la courbe d’apprentissage est très « raide » en début de parcours.

Il manque donc un format pour lever ces différents freins.

C’est le but de l’IPMX.

  • Format ouvert (non propiétaire) et libre d’utilisation,
  • Permettant d’intégrer des variantes (RGB-YUV, résolutions custom, avec ou sans PTP, compressé ou non… ),
  • Tout en garantissant l’INTEROPERABILITE.

D’une certaine manière et en simplifiant un peu, on peu dire que l’IPMX est au HDMI, ce que le 2110 est au SDI.

On peut donc se demander si l’IPMX est réservé aux marchés Corporate et Event, où le HDMI est le format principal. Et donc inutile aux Broadcasters ?

Cela serait vrai si dans le monde de la TV le HDMI n’était pas utilisé, or on sait bien que dans tous les studios du monde il y a des connexions HDMI pour le monitoring, la projection, les murs LED…

Voyons maintenant en détail ce qu’est l’IPMX et comment il peut aider à lever les freins à l’adoption de l’IP.

Qu’est-ce que l’IPMX ?

Le standard IPMX est basé sur deux familles de spécifications qui ont déjà fait leurs preuves dans le Broadcast : SMPTE 2110 et AMWA NMOS.

Les documents TR-10-x mentionnent en fait les différences importantes entre IPMX et SMPTE ST 2110-x0.

Les objectifs annoncés : permettre un choix plus large d’infrastructures, réduire les couts, limiter la complexité de configuration et permettre une mise en oeuvre plus rapide et facile.

La complexité se déplace en fait chez les industriels. Ceux qui ont déjà adopté SMPTE 2110 vont devoir ajouter d’autres fonctionalités pour être compatibles IPMX.

L’ensemble des documents TR-10-x est téléchargeable gratuitement sur le site internet de VSF.

Le support (obligatoire) de PTP est un des aspects complexes dans un système 2110. IPMX allège certaines contraintes sur le “timing”:

Un équipement certifié IPMX doit pouvoir fonctionner dans tous les cas mentionnés dans le tableau à gauche.

Pas de signal d’horloge obligatoire : mode “Free running” possible et un récepteur doit pouvoir se verrouiller sur le signal entrant (cas d’un convertisseur) pour maintenir une faible latence. Dans ce cas, une commutation “transparente” de source n’est pas possible, car le récepteur devra se re-verrouiller sur l’horloge du nouveau flux entrant.

Dans le cas d’un fonctionnement avec PTP : Tout en maintenant des messages “sync” 8 fois par seconde, les messages de type “delay request interval” peuvent être échangés moins fréquemment (toutes les 4 s) que pour un système 2110, ce qui allège les contraintes réseaux et le traffic sur le Leader.

Sender timing Cmax (max) = 16 (ce qui correspond à un “wide”).

Certains (petits) systèmes n’ont pas forcément besoin d’une horloge externe (un équipement spécifique GM « Grand Master »).

Un switch de bonne facture compatible « PTP » (capable de fonctionner en mode « boundary clock ») peut être GM dans l’installation.

Certains équipements d’extrémité peuvent aussi prendre ce rôle de GM.

Réflexion à mener en amont, selon le « profile » utilisé (voir diapos suivantes), les équipements disponibles, les contraintes, les enjeux, et le budget.

Afin de permettre un fonctionnement sans PTP, d’avoir une latence acceptable, et de détecter des changements de source, les messages « RTCP sender report » sont obligatoires dans un système IPMX (ils étaient mentionnés « non obligatoires » (« should ») dans AES67, et ne devaient pas perturber le fonctionnement en 2110 (« tolérés »). Les émetteurs peuvent être de type « gapped » (pour réduire la mémoire nécessaire et abaisser les couts) ou de type « Wide » (ce qui permet d’envisager des émetteurs IPMX logiciels en mode compressé).

Le RTCP sender report contient un RTP TimeStamp qui est synchrone avec l’horloge media (media clock) côté émetteur IPMX. Ce message permet au récepteur de trouver la correlation entre RTP TimeStamp et le PTP côté récepteur (si ce dernier en reçoit un) et de permettre un reverrouillage rapide en cas de commutation entre sources asynchrones.

Un émetteur 2110 est “normalement” compatible IPMX ; Un récepteur IPMX est normalement compatible 2110 (dépend de la taille des buffers).

IPMX peut fonctionner, pour la vidéo, en non compressé ou en compressé.

En mode compressé, JPEG XS bien sur, mais aussi MPEG4 ou H265 (selon les contraintes de débit, de latence, de qualité, et de cout de licence).

En résumé : un système IPMX fonctionne avec ou sans PTP ; en YCrCb ou en RVB ; avec ou sans compression.

Des « Profiles » et « Capabilities » ont été définis par AIMS

Les « Profiles » garantissent une interopérabilité minimale sur le plan des essences entre les équipements ;

Les « Capabilities» déterminent des fonctionalités complémentaires en option (suppport de USB, de HDCP, etc …).

Un équipement peut supporter plusieurs «profiles» (à minima un).

Un système IPMX se contrôle en NMOS.

IS-08 qui décrit le pilotage d’un matriçage audio existe dans les systèmes 2110/NMOS mais a été peu implémenté (pour l’instant).

L’accès au “Link offset” par le contrôleur NMOS permettra de synchronizer en lecture plusieurs récepteurs avec des caractéristiques différentes sans avoir obligatoirement une horloge commune.

Cas d’usage : faire en sorte (visuellement) que tous les moniteurs connectés au même émetteur, et visibles d’un même endroit, affichent le même contenu au même moment. Présentation

IPMX a l’objectif de simplifier au maximum l’installation des petits systèmes, sans avoir besoin de connaissances avancées en réseau.

La détection d’un changement des caractéristiques d’une source (par exemple quand un nouveau conférencier connecte son ordinateur à un pupitre) permet un fonctionnement transparent, similaire à ce qui se passe quand on se connecte en HDMI.

Le contrôle en « In Band » permet d’éviter de devoir installer un second réseau dédié au contrôle, comme ce qui se fait généralement dans les installations 2110 en Broadcast.

En quoi L’IPMX facilite l’adoption de l’IP dans le Broadcast et au-delà ?

Cas d’utilisations

Nous avons l’habitude au quotidien de travailler dans des régies broadcast, ressemblant à celle-ci. Du monitoring, raccordé le plus souvent sur une grille SDI.

Mais la réalité derrière tout cela est que la terminaison est souvent.. en HDMI.

Dans une régie 2110, on a souvent ce type de conversion : 2110 vers SDI, puis SDI vers HDMI, pour attaquer les écrans en HDMI.

L’IPMX ayant vocation à « remplacer l’HDMI »,le tout en étant compatible 2110, on pourrait donc simplifier pour réduire le nombre d’étapes.

Différents cas d’utilisation sont proposés, pour du monitoring en régie ou dans des loges, des murs de LED, de la récupération de flux informatiques (Teams, Zoom, …), … La partie KVM est un cas d’usage intéressant, car l’IPMX permet le transport de l’USB. On peut donc imaginer des KVM IPMX fonctionnant comme des KVM classiques, sauf que les flux des ordinateurs sont récupérables sur un mélangeur 2110.

Les cas d’utilisations représentent également beaucoup d’usages hors broadcast. Sur ce schéma issu du site IPMX.io, on voit l’exemple d’un stade avec tous les usages autours de la captation broadcast effectuée par le car régie. Et ce car pouvant avoir des sorties 2110, les flux deviennent potentiellement compatibles avec tous les périphériques IPMX du stade.

Sur les convertisseurs, il existe aujourd’hui plusieurs produits : convertisseurs SDI ou HDMI, indépendants ou sous forme de carte, y compris à insérer dans un écran directement.

On retrouve aussi de l’IPMX dans des processeurs de mur de led ou de présentation.

L’IPMX existe aussi sous forme de logiciel, afin d’avoir une carte vidéo virtuelle. Cela peut permettre d’avoir un second écran, et ainsi de récupérer dans un réseau le contenu vidéo / audio d’un ordinateur.

IntoPIX montre un exemple d’utilisation d’IPMX. En source, nous avons des ordinateurs utilisant leurs logiciels, qui permettent de faire du JPEG XS, pour avoir une sortie 4K sur un réseau gigabit. En récepteur, des convertisseurs IPMX -> HDMI permettent l’affichage.

Quelles sont les alternatives à IPMX ?

Dressons maintenant une liste, non exhaustive, des autres protocoles de transmissoin sur IP existant sur le marché. IPMX peut, en effet, ne pas répondre à tous les cas d’usage. Il est important d’avoir en vue les autres protocoles plus ou moins en vogue en ce moment. Présentation

Network Device Interface est un protocole très répandu sur le marché ProAV mais également sur le marché broadcast car il est relativement simple à mettre en place. En version 6 (sortie en 2024), le protocole propose le transport des métadonnées propres au HDR et des algorythmes de compression efficaces. Cependant, étant un protocole propriétaire, l’accès à une documentation complète du protocole n’est pas possible. Cela n’est pas forcément un problème dans des infrastructures peu exigeantes, mais ça le devient lorsqu’il est nécessaire de maîtriser la chaîne de transport à la perfection. On peut également noter un (très) léger déclin de NDI aujourd’hui.

Software Defined Video Over Ethernet est un protocole assez peu répandu dans nos métiers. Il est surtout présent sur le marché proAV et aux Etats-Unis. SDVOE est un protocole Plug and Play, mais celui-ci nécessite l’installation d’une puce hardware pour son déploiement, ce qui peut êre un frein dans les situations où les besoins, et donc les investissements, évoluent rapidemment. De plus, le site RH consulting mentionne en 2025 dans son analyse que tous les appareils estampillés SDVOE ne sont pas forcément compatibles ensemble. Plus que jamais, de nombreux POCs sont à prévoir si l’on souhaite installer du materiel SDVOE.

Dante AV est la tentative d’Audinate de se lancer dans la vidéo. Si le protocole Dante est aujourd’hui l’un des plus adopté dans le son, Dante AV peine à arriver sur le marché pour les mêmes raisons que SDVOE : la présence d’un materiel dédié, spécifique et propriétaire.

Open Media Transport est un protocole sorti très récemment. A ce jour, il est assez compliqué d’avoir une idée de son adoption. La solution est présentée comme gratuite et open source, ce qui en fait un bonne concurente d’IPMX. De plus, le support de la couche alpha, du 16 bits ou d’une compression rend OMT assez flexible. Les années 2026-2027 donneront, ou pas, une place à OMT sur le marché.

La norme ST-2110 sans l’enrobage IPMX est également une alternative. Cependant, si une abstraction des infrastructures réseau peut être faite avec des protocoles « plug and play » type NDI, IPMX ou encore Dante AV, c’est tout le contraire avec ST-2110. Cette norme nécessite une très bonne maîtrise du réseau et, donc, une expertise importante.

Aujorud’hui, les profils experts à double casquette réseau/broadcast sont rares. Cela oblige les équipes de l’IT et du broadcast à travailler ensemble, avec leurs héritages et leurs contraintes (sécurité et rigueur pour le réseau, continuité d’antenne et interventions immédiates pour le broadcast). Cette alternative est interessante si les ressources humaines et budgétaires sont au rendez-vous. Elle gartantie alors un résultat de très haute qualité avec une grande résillience.

HD Base-T peut venir à l’idée si l’ont recherche des alternatives à IPMX. Néanmoins, HD Base-T c’est pas une technologie de transport sur IP. Elle ne permet donc pas forcément les mêmes usages.

Rester en SDI ou en HDMI, serait-ce également une alternative ?

L’idée peut sembler bonne. SDI est un protocole maîtrisé depuis des dizaines d’années et ces modes de transports sont beaucoup plus simples à « bidouiller ». Cependant, SDI et HDMI comportent des freins lorsqu’on les met en faces des besoins actuels (ce qui est bien compréhensible, puisque ce sont des technologies apparues dans un tout autre contexte de production et de consommation !). N’adopter aucune norme de transmission sur IP pourrait donc rendre compliqué le maintient des infrastructure à moyen et long terme vu l’adoption des technologies IP par le marché et vu les besoins et les habitudes de production actuelles et futures. Présentation

Mentionner HD-BaseT qui est une technologie de transport sur Catx mais pas sur IP

Pour terminer sur ce tour des technologies alternatives, rappelons que le marché est en mouvement constant. Depuis l’arrivée des premières technologies de transmission IP temps réel, la consommation des foyers a énormément évoluée. De cette évolution découle naturellement une évolution des modes de productios, donc des besoins techniques. Cette évolution étant perpétuelle, ce qui est valable aujourd’hui le sera peut-être beaucoup moins dans 5 ou 10 ans.

Un grand nombre des fabricants travaillant sur plusieurs marchés AV (Broadcast, Corporate, Event), se sont déclaré intéressés par l’IPMX.

  • Une première session de validation a eu lieu sous l’égide de l’EBU à Genève en février 2026.
  • Plus de 50 produits de 9 fabricants ont reçu la certification pour au moins un profil IPMX.
  • D’autres sessions de certifications sont prévues, fin 2026, début 2027.

Conclusion

Quoi se rappeler coté technique ?

  • IPMX = Format ouvert / non-Propriétaire.
  • Basé sur le 2110, mais plus contraint pour plus d’interopérabilité.
  • Compatible avec 2110.
  • Différents profils pour différents types de compressions.
  • PTP optionnel (- cher + facile)
  • Sécurisation contre la perte de paquets possible en ajoutant une FEC ou 2022-7
  • Nmos Obligatoire.

Quoi se rappeler coté marchés ?

  • IPMX = Format ouvert / non-Propriétaire.
  • C’est une histoire en cours.
  • Possibilités supplémentaires vs 2110 (HDMI InfoFrame, HDCP, USB, cryptage, …)
  • Pour tous les marchés AV (Broadcast, Event, Corporate).
  • Participe à la convergence des marchés AV, mais en est aussi le reflet.
  • Il n’y a pas UNE SOLUTION IP qui va tout résoudre, mais l’IPMX devrait bien aider

Retrouvez la conférence L’IPMX – Le 2110 rendu facile ? du SATIS 2025

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